Evaluer les évaluations nationales CE1

Publié le par Collectif Ecoles Ouest Lyonnais

-Si vous trouvez normal de n’évaluer que les compétences de français et de mathématiques

-Si vous trouvez efficace la notation binaire Tout juste / Tout faux

-Si vous trouvez logique de procéder à des évaluations de compétences n’ayant, pour certaines, pas fait l’objet d’une étude approfondie en classe au préalable

 

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Janvier 11/10/2009 08:34


Quiconque s'intéresse un tant soit peu à l'éducation ne peut qu'en
convenir : oui, comme le rappelle le ministre la main sur le coeur, il
faut travailler à combler les inégalités, offrir à chaque élève une
éducation de qualité et épanouissante, permettre à chacun de maîtriser
les compétences nécessaires à une vie libre et consciente. Les principes
sont inattaquables, consensuels dans l'absolu. Mais la façon dont les
interprète Fillon, pour peu qu'on étudie dans le détail ses
propositions, est bien éloignée de ces généreux élans du coeur. Encore
une fois, la langue de bois politicarde vient fort à propos farder et
rendre présentable la vieille idéologie ultra-libérale, toujours plus
féroce et sanglante, que l'on travestit en noble dame patronnesse pour
mieux nous vendre le projet de société le plus régressif et le plus
violent qu'une réforme de l'école puisse porter. Jugez-en plutôt :

1) Trois objectifs, quatorze propositions, et déjà des contradictions.

Fillon nous annonce sa volonté, ô combien louable, de « réduire l'échec
scolaire en prenant l'engagement de garantir à tous les élèves, au terme
de leur scolarité obligatoire, la maîtrise des savoirs et des
compétences indispensables afin de poursuivre leur scolarité dans les
meilleures conditions, ainsi que d' « élever le niveau général de tous
les élèves pour atteindre effectivement les objectifs de 100 % de
qualification et de 80 % au niveau du baccalauréat » » (Cf. « Les 14
propositions de F. FILLON pour l'école », introduction). Pour cela, il
se donne trois objectifs à atteindre : rendre l'école « plus efficace »,
« plus juste », plus « ouverte ». Ces trois axes reposent sur quatorze
points précis qu'il serait fastidieux de reproduire ici, mais que l'on
peut déjà regrouper en tendances bien marquées, lesquelles sont,
malheureusement, parfaitement en contradiction avec les buts fixés. Ainsi :

- « Garantir à tous les élèves la maîtrise d'un socle commun », socle
qui sera « validé tout au long de la scolarité obligatoire »
(propositions n°1 et 2) : on nous présente ceci comme une garantie
d'offrir des possibilités de soutien et d'aide à ceux qui en auront
besoin, dès le primaire et jusqu'à la troisième. Dans la réalité, les
enfants qui manifesteront aisance et rapidité pour acquérir ce socle
miminum auront la possibilité de choisir des options, de diversifier les
domaines de connaissance, tandis que les autres, ceux qui, pour telle ou
telle raison, connaîtront des difficultés et des retards, peineront sur
leur socle pendant plus de temps, se consacreront exclusivement aux
matières de base (français et maths), et n'auront jamais l'occasion de
découvrir autre chose, d'enrichir leur personnalité au contact de
domaines d'exploration cognitive variés et re motivants. Et oui, après
tout, un futur ouvrier n'a pas besoin d'être cultivé. Dès lors, les
propositions du ministre quant à la possibilité, dès l'école primaire,
de suivre certaines options, revient à opérer une sorte de sélection
ultra précoce (dès l'âge de 8 ans !) qui déterminera les choix futurs.
Quid de la fameuse « école plus juste » ? ?

Ceci sera encore plus évident au collège : le jeu des options, notamment
en 3e avec cette recommandation de « généraliser l'option découverte
professionnelle » (Document de travail pour la Loi d'orientation publié
par le ministère de l'Education Nationale, p.10), aggravera encore la
fracture entre les enfants doués pour les matières « académiques » et
ceux qui manifesteront des capacités pudiquement évoquées comme des «
talents » différents. Là encore, aux meilleurs les options ouvrant la
voie générale du lycée, et aux autres, les manuels, les lents, les
élèves à problèmes, une option fourre-tout et mal définie qui, pouvant
occuper jusqu'à 6 heures de l'emploi du temps, ferme donc purement et
simplement la porte du lycée en empêchant l'étude d'une deuxième langue
vivante notamment. Combien d'élèves jugés trop peu brillants finiront
donc par grossir les rangs des formations professionnelles sans l'avoir
véritablement choisi, par défaut, par ignorance des stratégies à
adopter, par manque de familiarité avec un système retors et adepte du
double langage ? le choix de cette option est bien une pré-orientation
de fait. Quid de l'école » plus juste » ? ?

- Le principe de l'attribution de « bourses au mérite » (proposition
n°10), grande marotte de ce gouvernement, choque par son caractère
arbitraire et profondément inique : il s'agira de favoriser les élèves
certes nécessiteux mais doués, sans vouloir même admettre que les
résultats des enfants sont aussi, trop souvent, la conséquence d'un
milieu social, d'un contexte favorable ou défavorable. Cela revient à
pénaliser les enfants pauvres et peu doués, ceux qui auraient justement
besoin que tous les moyens soient mis en oeuvre pour pallier aux
insuffisances financières, sociales, familiales, médicales de leur
situation personnelle. Quid de l'école « plus juste » ? ?

- Le retour d'une notion jusqu'à présent illégale, les « groupes de
niveau » (proposition n°13), notamment en langues dans le secondaire :
voilà en effet une mesure compatible avec l'idée d'égalité... Toutes les
études effectuées sur le sujet prouvent que des classes hétérogènes
profitent aux élèves en difficulté sans pénaliser ceux qui, de toute
façon, comprennent le fonctionnement du système et savent dès leur plus
jeune âge se conformer au moule académique. C'est donc bien un choix
idéologique et démagogique, celui de trier les élèves, de séparer le bon
grain de l'ivraie, pour sélectionner les gagnants de demain et leurs
futurs subalternes... Quid de l'école « plus juste » ? ?

- Une école plus « ouverte »... sur l'entreprise : toutes les mesures
annoncées évoquent, en creux, l'obsession ultralibérale du gouvernement.
Toutes les prétendues innovations (et surtout les fameuses options et
filières professionnelles si chaudement recommandées), concourent à
livrer les élèves les moins performants, le plus tôt possible, au marché
économique et à ses exigences, à ses besoins. Cette idéologie est
clairement revendiquée dans le projet Fillon : les experts consultés par
le ministre le déclarent sans ambages : « L'école se doit de prendre en
considération le fait que la vie en société implique une différenciation
des fonctions assumées par les différents individus(...) S'il est
souhaitable que tous les citoyens d'un pays soient compétents en
lecture, tous ne peuvent devenir chirurgiens, avocats ou informaticiens
» ((“ Le collège en Europe. Entre culture de l'intégration et culture de
la différenciation”, rapport de M. Crahay / A. Delhaxe, rapport remis au
PIREF, www.recherche.gouv.fr). On sait que l'inégalité existe, mais de
là à l'encourager et à l'orchestrer dès le plus jeune âge, il y a un
pas, que ce gouvernement n'hésite pas à faire... Quid de l'école plus «
efficace, plus juste, plus ouverte » ? ?

2) Un modèle peu rassurant : l'Allemagne

D'autres spécialistes de l'éducation, curieusement peu fréquentés par
notre ministre, s'alarment de ces choix clairement politiques : ainsi,
François Dubet (dans son ouvrage intitulé L'école des chances. Qu'est-ce
qu'une école juste ?, Ed. du Seuil, septembre 2004) souligne qu' « à
l'école comme à la guerre, ce sont les vainqueurs qui écrivent
l'histoire, pas les vaincus ». Vae victis, donc, et tant pis pour les
pauvres, les faibles, les lents... ceux-là seront orientés précocement
sans deuxième chance possible.

Ce modèle de sélection précoce existe depuis longtemps en Allemagne, il
est donc assez tentant de vérifier sa prétendue efficacité sur la
réduction des inégalités sociales... L'Allemagne pratique «
l'enseignement séparé » dès la fin de l'école primaire. Un test, vers
l'âge de 10 ans, permet d'orienter les élèves vers trois grandes
filières : les meilleurs fréquentent le Gymnasium, qui débouche sur un
diplôme type bac, ouvrant seul la porte de l'université ; les moyens
fréquentent la Realschule, les moins bons la Hauptschule, deux voies
professionnalisantes. Les compétences, les niveaux, la durée de
l'enseignement, y sont si différents, qu'il est dans les faits
pratiquement impossible de passer de l'une à l'autre. Et, bien plus
grave, des études montrent que, plus que les résultats obtenus aux
tests, ce sont les caractéristiques sociales et familiales qui
déterminent vraiment l'orientation des élèves. Ainsi, un tiers des
élèves de Realschule ont un meilleur niveau général que le plus mauvais
quart des élèves fréquentant le Gymnasium... et 80% des élèves dont les
parents ont le bac vont au Gymnasium, contre seulement 28% de ceux qui
ne l'ont pas (Cf. à ce sujet l'excellent dossier consacré à l'école d' «
Alternatives économiques », n°229, octobre 2004)...

La sélection précoce, l'enfermement des enfants dans des catégories
hermétiques ne constitueraient